Démarche

Ma pratique artistique est née de la rencontre entre la laine cardée, envisagée comme matière picturale et sculpturale, et ma fascination pour les artefacts et les images élaborés par les sociétés anciennes — leur persistance à travers le temps, leur transformation. Nourrie par les arts premiers, les mythologies et l’anthropologie — en particulier les travaux de Philippe Descola — je m’intéresse à ce qui est « autre », à ce qui demeure en partie inaccessible à notre compréhension.

La laine cardée est au cœur de mon travail, en tant que matière ancestrale, à la fois « civilisée » et « sauvage », modeste et noble. Par l’alchimie du feutrage, elle devient un médium fétiche porteur d’une forte charge symbolique liée à la protection,  la conservation et  la transformation (Joseph Beuys). Elle incarne également une relation ambivalente entre l’humain et l’animal, marquée par la domestication et l’exploitation. Dans le contexte actuel où elle est souvent reléguée comme déchet (la plupart des éleveurs ne savent pas quoi faire de cette matière après la tonte des moutons), son usage devient un geste de réactivation et de réhabilitation. 

Par le patient travail de l’aiguille, le geste du foulage à l’eau, je façonne la laine en explorant sa capacité à être modelée, sculptée. La superposition des matières, l’ajout éventuel de broderies et de perles inscrivent le travail dans une temporalité lente, créant un espace d’introspection. À travers la laine, je cherche à exprimer ce qui demeure : les formes et les images qui traversent le temps et les cultures tout en conservant une part d’énigme. Je les envisage comme des matrices actives, capables d’orienter la pensée, de nourrir les rêves et de transformer notre perception du monde. Quels secrets peuvent-elles nous livrer, quelle énergie peuvent-elles nous transmettre ?

Ainsi, mes pièces — vénus, cartes, masques, artefacts — cherchent moins à représenter qu’à susciter une sensation, une réminiscence sacrée, un souvenir ancestral, une tension entre visible et invisible. Chaque pièce dialogue avec les autres au sein d’un ensemble évoquant un musée fantasmé, sans repère géographique ni temporel défini, à la lisière de l’archive et de la fiction.

À travers ce travail, je souhaite réactiver un imaginaire enfoui, rouvrir des possibles entre mémoire et projection, et faire émerger cette pensée : les choses peuvent être autres. 

 

 

 

 

 

 

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