Contre les bûcherons de la forêt de Gastine

La déforestation ne date pas d’aujourd’hui : depuis des millénaires les hommes défrichent les forêts pour satisfaire leurs besoins. Au 16ème siècle, Pierre de Ronsard écrit cette élégie « Contre les bûcherons de la forêt de Gastine » pour déplorer la destruction de la forêt de Gastine, vouée à être remplacée par des champs par Henri de Bourbon, futur Henri IV.

Ronsard exprime alors son indignation et sa douleur devant le massacre de cette forêt qu’il avait célébrée dans ses premières Odes.

Ci-dessous et dans la page « Dioramas » de mon site, vous pourrez voir trois tableaux réalisés sur ce thème. Evocation de la forêt et des divinités chassées de leur antique demeure.

La forêt de Gastine, détail, 2021

Extrait des Elégies, XXIV

« Contre les bûcherons de la forêt de Gastine »

« Ecoute bûcheron, arrête un peu le bras

Ce ne sont pas des forêts que tu jettes à bas

Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force

Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?

Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur

Pour piller un butin de bien peu de valeur,

Combien de feux, de fers, de morts et de détresses

Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses ?

La forêt de Gastine II, détail, 2021

Forêt, haute maison des oiseaux bocagers !

Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers

Ne paîtront sous ton ombre et ta verte crinière

Plus du soleil d’été ne rompra la lumière.

Plus l’amoureux pasteur sur un tronc adossé,

Enflant son flageolet à quatre trous percé,

Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,

Ne dira plus l’ardeur de sa belle Jannette.

La forêt de Gastine II, 70 x 50 cm, 2021

Tout deviendra muet, Echo sera sans voix

Tu deviendras campagne, et, en lieu de tes bois,

Dont l’ombrage incertain lentement se remue,

Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue

Tu perdras le silence, et haletants d’effroi

Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi… 

Adieu, vieille forêt, le jouet de Zéphyre,

Où premier j’accordais les langues de ma lyre,

Où premier j’entendis les flèches résonner,

D’Apollon, qui me vint tout le coeur étonner, 

Où premier, admirant ma belle Calliope,

Je devins amoureux de sa neuvaine trope,

Quand sa main sur le front cent roses me jeta

Et de son propre lait Euterpe m’allaita.

Adieu vieille forêt, adieu têtes sacrées

De tableaux et de fleurs autrefois honorées.

Maintenant le dédain des passants altérés,

Qui brûlés en l’été des rayons éthérés,

Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,

Accusent tes meurtriers et leur disent injures…

La forêt de Gastine III, détail, 2021

Adieu chênes, couronne aux vaillants citoyens

Arbres de Jupiter, germes dodonéens,

Qui premiers aux humains donnâtes à repaître

Peuples vraiment ingrats, qui n’ont su reconnaître

Les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers

De massacrer ainsi leurs pères nourriciers !

Que l’homme est malheureux qui au monde se fie !

La forêt de Gastine I, diorama sous cadre à verre bombé, 43 x 25 cm environ, 2018

Ô dieux que véritable est la philosophie,

Qui dit que toute chose à la fin périra,

Et qu’en changeant de forme une autre vêtira !

De Tempé la vallée un jour sera montagne,

Et la cime d’Athos une large campagne

Neptune quelques fois de blé sera couvert :

La matière demeure et la forme se perd. »

La forêt de Gastine I, détail, 2018

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